Lettre à l’aspirant-voyageur

« Derrière toute personne un petit peu anticonformiste, il y’a quelqu’un de riche mais il y’a quelqu’un d’isolé, alors je m’attendris deux fois pour ces gens là.

Freud dit qu’à l’adolescence, on a le choix entre se conformer et mourir ou ne pas se conformer être un héros. La phrase, c’est un peu un slogan mais il y’a un truc quand même chez les gens qui font le pas de vivre leur vie plutôt que se mettre dans les pompes d’un autre« 

Alexandre Astier dans « L’Anticonformisme« , Bon Entendeur

Globe-trotter au cuir tanné par l’expérience, j’ai souvent, au gré des rencontres, fait le récit de mes aventures et me suis alors, tout autant, improvisé si ce n’est professeur, tout le moins conseiller, voire pousse-au-crime.

Conteur inlassable, moulin à paroles en roues libres dès lors que j’aborde le sujet du voyage, je me suis laissé porter par mon imaginaion et livre ici la lettre que je pourrais adresser à un nouveau padawan.

Cher impétrant.

J’ai cru comprendre que tu rêvais en ton for intérieur de prendre la route et de découvrir, à ton tour, les merveilles que le monde peut offrir. C’est un rêve que caresse un grand nombre mais que, finalement, peu d’élus accomplissent. Je ne saurais mieux te conseiller que d’en faire ta réalité.

Expérience d’une vie, bouleversement d’importance, séisme personnel, le voyage marque à jamais l’âme de celui qui l’entreprend.

Cette transfiguration ne se fait pas en un jour. Le long cheminement commence par la préparation au départ que j’entends détailler plus avant, afin d’y trouver quelques conseils. Aussi, je t’adresse ces quelques lignes, fruits de mon expérience sur les chemins du monde.

La première étape et la plus importante, c’est de prendre la décision de partir. Cela semble aisé au premier abord mais, en l’espèce, c’est une véritable volonté qui doit envahir ton esprit et la moindre fibre de ton corps. C’est dans la décision de partir que se trouve dissimulée toute la différence entre le « je veux » incantatoire et le « je vais » déterminé. Il te faudra, pour ce faire, surmonter un par un de puissants obstacles.

Le premier, c’est ta propre censure, les « oui mais… », toutes les raisons qui te semblent rationnelles pour te retenir de sauter dans le vide de la découverte itinérante. Abandonne la raison, la décision de partir est avant tout un sentiment, ce n’est plus le cerveau mais le coeur qui parle. Aussi, citerai-je une des mes récentes lectures :

« Ne gaspille pas ton temps, fais-en quelque chose de profitable.

Mais qu’est-ce que cela veut dire, profitable ? Se décider enfin à réaliser des désirs longtemps nourris. Réfuter l’erreur selon laquelle on aura toujours le temps plus tard. Le Mémento, instrument de combat contre la paresse, les illusions que l’on se fait à soi-même et la peur liée au changement nécessaire. Faire le voyage longtemps rêvé, apprendre encore cette langue, lire ces livres, s’acheter ce bijou, passer une nuit dans cet hôtel célèbre. Ne pas se manquer soi-même.

Cela implique aussi de plus grandes résolutions : abandonner le métier non aimé, s’évader d’un milieu détesté. Faire ce qui aide à devenir plus authentique, à se rapprocher de soi-même.« 

Train de nuit pour Lisbonne, Pascal Mercier

Une fois la décision prise, ton for intérieur concentré sur le départ, une grande force morale te sera nécessaire pour rester sur ce chemin. L’obstacle ne sera plus intérieur mais extérieur. Il te faudra résister aux remarques, commentaires et autres conseils « avisés » d’autrui. Je pense ici à tes parents qui chercheront peut être, consciemment ou non, à te faire renoncer en invoquant tes études, ta carrière, ton avenir. Ils jouent là leur rôle de vouloir le meilleur pour leur enfant, une forme de sécurité conforme à leur schéma de pensée. Et je ne parle pas de la coupe du cordon si tu es fusionnel avec ta famille.

Bien entendu, ce peuvent être également tes amis ou ton employeur qui chercheront à te dissuader, voire feront preuve d’une jalousie maladive à ton égard. Je n’aurai qu’un conseil, maintiens ton cap envers et contre tout, ne perds pas de vue l’objectif final : partir !

La deuxième étape et non des moindres sera de planifier un minimum ton voyage. J’insiste sur le minimum. Il est inutile de prévoir chaque étape dans le détail, de réserver hôtels et excursions des mois à l’avance, toute ta belle planification volera en éclats à la première occasion. Il n’y a que les plans d’Hannibal Smith qui se déroulent sans accrocs.

Conseil de vétéran, sélectionne les pays qui t’intéressent, les différentes étapes que tu entends accomplir dans chacun d’eux et restes-en là ! Tu trouveras toujours un moyen de te naviguer dans le pays, un endroit où dormir et où manger. Si tu recherches le contact avec la population, les transports locaux sont tout indiqués mais le confort sera au mieux rustique. Il en va de même de la streetfood, le meilleur moyen de découvrir les spécialités culinaires des pays que tu traverseras. Là encore, il ne faut pas s’attendre aux standards européens de confort et d’hygiène mais tu y trouveras le meilleur curry vert ou nasi campur lorsqu’il est préparé sur un trottoir crasseux et dégusté sur un tabouret en plastique.

Bien sûr, je peux comprendre que l’inconnu puisse te faire un peu peur. L’appréhension est naturelle. Aussi, tu peux pour te rassurer réserver ton hôtel à l’arrivée, pour quelques jours le temps de t’acclimater. L’aisance viendra avec le temps et tu te rendras rapidement compte que la moindre réservation sera plus un boulet qui t’imposera délais impératifs et frustration plutôt qu’une sécurité rassurante. Il en va de même pour les billets d’avion « tour du monde » qui, sous leur flexibilité apparente, cachent un carcan pouvant être étouffant.

Et je ne parle pas de toutes les merveilleuses destinations que les voyageurs de rencontre ne manqueront pas de te faire découvrir telle plage, tel hôtel, tel temple perdu.

Bien entendu, le parcours que tu as envisagé sera tributaire de tes capacités financières, nerf de la guerre malheureusement indispensable. N’hésite pas économiser un maximum avant ton départ quitte à, comme moi, travailler à l’usine pour boucler le budget. Par ailleurs, en fonction de la durée de ton voyage, tu peux te ménager une étape australienne ou néo-zélandaise pour un Working Holiday Visa.

Voilà un tableau bien noir que je brosse par petites touches. Quoi de mieux que la nomenclature des écueils, des affleurants, des difficultés pour décourager quelqu’un… Mais ces épreuves ont une récompense, et non des moindres, le voyage !

Une fois surmontés, les portes du monde s’ouvriront devant toi, pour LA grande aventure. C’est à ce moment que la réalité à laquelle tu as toujours été habitué sera désormais tributaire des impératifs de la route.

Quand bien même ce soit ton voyage et que tu décides de tes destinations, il n’en demeure pas moins que ton errance a sa propre dynamique contre laquelle il te faudra parfois lutter pour ne pas te laisser emporter. Le voyage est par nature instable, imprévisible, loin du confort douillet et de la volonté de sécurité que notre société élève en vertu. Il te faudra renverser l’inertie de la vie occidentale.

Une vie au jour le jour t’attendra, loin de tout ce à quoi la vie occidentale t’aura habitué. Elle te procurera des joies intenses et des peines à l’avenant, tu te rengorgeras de tes réussites et tu grandiras en galérant, tu apprendras à vivre à ton rythme…

Pour autant, la soif de découverte, le mouvement quotidien peut te faire tomber dans un maelström qui peut entrainer un épuisement certain. Ecoute ton corps en toutes circonstances, prends ton temps et n’hésite pas à demeurer quelques jours au même endroit pour recharger les batteries.

Et viendra rapidement le moment des rencontres, enrichissantes, agaçantes, merveilleuses, étonnantes, déboussolantes… D’expérience, le voyage solitaire les favorise à l’inverse du voyage à plusieurs. Si tu pars accompagné de ta moitié ou d’un ami, il te semblera moins nécessaire de t’ouvrir aux autres puisque tu es déjà « en groupe ». Vous pourrez vous soutenir l’un l’autre sans avoir à recourir aux services d’un tiers… Bien entendu, votre tempérament jouera beaucoup.

Seul, c’est une autre paire de manche. L’Homme est un animal grégaire, la route fera que tu rencontreras nombre de personnes, locaux comme voyageurs, pour quelques heures ou pour quelques jours. Libre à toi de joindre un groupe, encouragé par une affinité, une opportunité, un trajet commun.

Enfin, n’oublie pas que loin de ton confort occidental soporifique pour l’esprit, être un globe-trotter c’est expérimenter le bouillonnement du ciboulot, entretenu par le flot de découvertes mais aussi par ton chemin intérieur. Il te faudra faire ressortir tes instincts et les suivre, comme un sixième sens et un guide. Loin de toutes tes habitudes, tu seras seul face à tes pensées, le meilleur endroit pour te confronter à tes contradictions, tes blessures et mieux les résoudre.

Pour conclure, je terminerai sur quelques conseils de base :

  • Ce que tu ne sens pas, tu ne le fais pas. Tes instincts seront tes meilleurs gardiens ;
  • Ton passeport est ton bien le plus précieux, garde un oeil sur lui en permanence ;
  • Respecte en toutes circonstances les usages locaux. Déchausse-toi ou couvre ton corps lorsqu’il le faut ;
  • Les taxis et autres tuks-tuks sont des escrocs en puissance ;
  • Maps.me est ton ami.

Je ne continuerai pas plus avant cette lettre courte mais dense, de peur de par trop déflorer les aventures qui t’attendent, quand bien même celles-ci seront uniques de par la route que tu auras choisie.

Tu t’apprêtes à te lancer dans l’expérience d’une vie, qui t’appartiendra à jamais. Il y’a toutes les chances que tu en reviennes profondément transformé. Aussi, en conclusion, je te souhaite, comme à tout voyageur, d’avoir un « safe travel« .

De tout ce que dessus, je laisse à ta sagacité le soin d’en tirer les conséquences qui s’imposent.

Dans l’espoir de te croiser sur les routes du monde.

Votre bien dévoué.

Quentin BIHOREAU

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